Rencontre avec Denis Devos, à la tête de Dr Leak
Denis Devos travaille à la SWDE depuis 2009. Au fil des années, il est devenu expert en recherche de fuites et perte d’eau sur le réseau. Qui de mieux placé que lui pour être à la tête de Dr Leak ?

Comment est né le projet ? En quoi est-ce nécessaire pour le secteur de l’eau ? Quels sont ses avantages ? Quels sont les éventuels freins à dépasser ? Rencontre avec le responsable du projet, Denis Devos. S’il devait résumer les avantages de Dr Leak, il opterait pour les termes suivants : outil « clé sur porte », ergonomie, automatisation et accès à la technologie à un prix réduit.

Le projet Dr Leak a été initié en 2022. Comment est née cette idée ?

« En réalité, il faut revenir en 2018. À cette époque-là, la SWDE a mis en place une stratégie pour améliorer le rendement de son réseau. Nous avons élaboré une méthodologie de sectorisation de notre réseau en le divisant en 4 500 “cellules de distribution”. Nous avons aussi identifié les meilleurs équipements de mesure de débit et de transmission de données. À côté de cela, nous avons également élaboré un outil informatique permettant de traiter les données enregistrées et pointer les zones présentant des consommations anormales où activer les procédures de recherches de fuites. La SWDE a développé son propre outil car les prix de ceux existants sur le marché étaient inabordables. Nous avons obtenu rapidement très bons résultats. Aujourd’hui, nous détectons deux fois plus de fuites qu’avant la mise en place de cette stratégie.

Et puis, en 2022, un des volets du plan de relance pour la Wallonie adopté par le gouvernement portait sur la “résilience sécheresse”. L’objectif d’amélioration de la performance de l’ensemble des réseaux de distribution d’eau potable en faisait partie. C’est alors que la Région a proposé à la SWDE de partager l’expérience acquise avec l’ensemble des distributeurs. Nous avons échangé dans un “Waterlab”, sorte de prédécesseur des “Journées de l’Innovation” que nous connaissons maintenant au niveau sectoriel. 

Cela nous permis d’ajuster les outils que la SWDE utilisait pour elle, afin qu’ils s’adaptent à l’environnement informatique de tout le monde. Seulement, notre outil présentait des limites au niveau de certaines fonctionnalités. C’est ainsi que nous avons opté pour un outil développé par Suez, en France. Nous avons juste demandé quelques adaptations pour qu’il réponde au mieux aux besoins exprimés par le secteur. »

Pourquoi avoir choisi ce nom « Dr Leak » ?               

« ‘Leak’ signifie ‘fuite’ en anglais. Et ‘docteur’, simplement parce que l’outil nous permet de poser un diagnostic sur les conduites d’eau, un peu comme un médecin qui nous ausculte. »

En quoi cet outil est une avancée pour le secteur de l’eau ?

« Je pense que ce dispositif va nous être très utile. À la SWDE, nous utilisons déjà ce genre d’outil et ici, il sera encore plus performant. Il aura des fonctionnalités dont on ne disposait pas jusque maintenant en termes d’analyses. Il va plus loin dans le diagnostic. On pourra avoir des graphiques générés très rapidement, par exemple. Il sera aussi possible de faire un lien entre une carte et les données d’un graphique. Bref, ce sera beaucoup plus fluide, plus ergonomique et plus complet ! »

Via Eaux de Wallonie, l’avantage financier est indéniable pour les opérateurs…

« Effectivement. Ici, on propose l’outil à un prix défiant toute concurrence. On leur offre un service ‘clé sur porte’ pour un prix plus que correct. Il y a clairement une économie pour eux, grâce aux prix que l’on peut avoir via la SWDE. On connait les prix que les fournisseurs demandent aux petites structures. Vu les quantités que l’on achète, c’est beaucoup moins cher. »

Avec Dr Leak, tout est automatisé et informatisé. Le frein qui pourrait être rencontré auprès des opérateurs, c’est cette transition digitale. Comment y remédier ?                                                 

« C’est vrai que certains opérateurs communaux travaillent encore avec leur carnet en papier. Ils font les tournées d’index et notent tout à la main dans leur carnet. Avec Dr Leak, ils vont devoir s’habituer à une version numérique. Il faut les rassurer : nous avons eu cette même transition au sein de la Société wallonne des eaux. Il y a eu un peu de résistance au changement, mais maintenant le switch s’est fait complètement. On ne pourrait plus se passer d’un outil comme cela, c’est inconcevable. Quand on mettra l’outil dans les mains des opérateurs, il faudra juste bien leur expliquer et montrer comment ça fonctionne pour lever cette barrière du numérique. Et quand ils verront les données et les graphiques que l’on peut facilement générer, cela devrait aider à passer le cap. »

Cette technologie, désormais accessible au plus grand nombre, engendre inévitablement un changement dans le métier.        

« Oui, c’est un changement un peu fondamental dans la façon de travailler. En fait, anciennement, le technicien allait relever les index pendant la journée, puis il faisait des calculs sur les zones, en fonction de la consommation en litres ou en mètres cubes sur la semaine ou sur un mois. Ce n’était pas une donnée très fine. Ici, comme tout est automatisé, les appareils relèvent les données toute la journée, et même quatre fois par heure en fait. Et nous allons pouvoir nous concentrer sur les valeurs recueillies la nuit, entre 3 et 4 heures du matin, quand tout le monde dort. C’est là que la consommation d’eau est la plus stable et la plus basse, et donc aussi que les fuites potentielles sont les plus visibles. On travaille donc maintenant avec le débit de nuit, plutôt que sur des valeurs agrégées. Et souvent, les gestionnaires de réseaux, les fontainiers et autres comprennent très vite l’intérêt de travailler avec le débit de nuit. C’est pareil pour le calcul, tout est automatisé et synchronisé. C’est bien plus simple. »

Vous avez déjà fait un tour d’horizon pour savoir quel opérateur est intéressé par le dispositif. Qu’est-ce que cela donne ?              

« Pour l’instant, 14 opérateurs ont choisi d’adhérer à l’outil parce qu’ils n’avaient rien jusque maintenant. Avec eux, on a 85 % du réseau wallon qui va être couvert par Dr Leak. L’adhésion reste une démarche volontaire de la part de l’opérateur. Il y a d’autres outils sur le marché aussi qui sont aussi très bien. Chacun reste maître de décider de quelle façon il souhaite parvenir au résultat. Et si d’autres opérateurs sont intéressés par le produit que nous proposons, il y a encore moyen de nous en avertir. Ils ne leur sera toutefois plus possible de profiter des subsides du plan de relance. Mais la porte reste bien évidemment ouverte ! »

 

Intéressé.e par Dr Leak ?

Contactez Denis Devos via denis.devos@swde.be ou perfeaux@eauxdewallonie.be !

 

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